Le pouvoir de la plume
Dessinateurs amateurs, quand l’engagement n’a que la passion comme seul trait.
Ma rencontre avec Baptiste que l’on surnomme Billy. Comédien, informaticien et dessinateur amateur passionné.
Claudia : « Je t’ai connu sous le nom de Billy. Alors Billy ou Baptiste ? Qui es-tu ? »
Baptiste : « Baptiste, Billy, les 2 en fait. Parisien depuis toujours et né en banlieue. Si je te dis Diam’s, t’as la réf ? (moi : euh … non déso) le 91.
J’ai un bac S. Mon idée était de commencer en chimie et je me suis vite reconverti en design industriel. Et puis une 2e reconversion à mon actif avec l’informatique, intégrateur applicatif si ça te parle, mais j’en doute… »
« Des passions ? »
Baptiste : « Le dessin.
En 2013, je me suis lancé le challenge de réaliser 1 dessin par semaine sur un blog de BD. C’était pas mal d’humour noir.
Et j’ai une autre passion, l’audiovisuel. Comédien plus précisément. À mes 34ans j’ai décidé de sauter le pas ! »
Claudia : « Pour revenir au dessin, après 2013, que s’est-il passé ? »
Baptiste : « En 2017, j’ai repris le dessin sérieusement que j’avais un peu mis de côté dû aux événements de la vie.
Je me suis à nouveau défié en voulant réaliser 1 dessin par jour pendant 1 an.
Je suis parti en Australie pendant 1 an et j’ai tenu une sorte de “carnet de voyage” illustré par des dessins. Je retranscrivais ce que je vivais en dessin.
A mon retour d’Australie, en octobre 2018, j’ai participé à Inktober 2018. Un concours dont le principe était simple = 31 DAYS 31 DRAWINGS (*31 jours 31 dessins).
Il fallait se positionner sur un thème.
J’ai pas mal réfléchi et me suis souvenu qu’en rentrant d’Australie, j’avais transité par Bali et j’avais été sidéré par les tas de plastiques jonchant les bords de route.
C’est alors que le sujet de l’écologie est arrivé comme une évidence.
Mes dessins du concours ont pas mal buzzé. Buzzfeed america, FranceInfo, Démotivateur ont publié des articles sur moi.
J’ai réalisé pas mal d’interviews aussi. Je me souviens même, je recevais des lettres de profs d’arts plastiques qui voulaient relayer mes dessins lors de leurs cours pour illustrer les enjeux environnementaux.
En 2019, lors de la marche pour le climat, y a des jeunes qui m’ont écrit pour utiliser mes dessins leur slogan.
Je n’ai jamais rien commercialisé ni même demandé d’argent.
J’étais heureux que l’on s’en empare pour la bonne cause et surtout j’étais surpris (et content!) que ce soit des jeunes qui me contactent.
Plus récemment, une agence m’a contacté pour un projet avec l’Oréal. Lors d’un événement en interne, ils voulaient un de mes dessins pour sensibiliser les employés.
Mais je n’ai jamais fait de démarche, je n’ai jamais été pro-actif pour en vivre. »
Claudia : « Comment tu décris ton style et comment te viennent les idées ? »
Baptiste : « Je n’avais pas d’engagement spécifique au début. Mais au fur et à mesure, en parlant autour de moi, j’ai senti qu’orienter mes dessins sous un prisme “pop culture” ca pouvait toucher et parler.
C’est ma culture, j’ai grandi dedans.
J’utilise des emblèmes connus de tous comme la petite sirène. C’est plus marquant, plus visuel.
Les personnages de Walt Disney sont une aubaine pour moi! Je réfléchis à un personnage, les princesses, les oiseaux, la nature. Et je les détourne.
Concernant les idées, elles me viennent de partout, d’une news, de faits divers genre la chasse à la glue des oiseaux.
Quand j’entends parler d’un mouvement, d’une cause, je vais direct prendre le désastre écologique et ça devient mon sujet de dessin.
Parfois, je me note des références pop culture qui pourraient être de bonnes bases d’illustrations. Et un jour, j’entends une cause et tout matche parfaitement bien. »
Claudia : « Une source d’inspiration ? »
Baptiste : « Je lis beaucoup de BD de super héros et j’ai une passion pour la cinématographie. J’adore aussi les gens qui travaillent sur l’écologie, ceux qui travaillent pour changer le monde. Je suis à fond Creapills, qui dénonce mais qui tente de proposer une solution alternative. Pour moi, ce sont eux les héros. Je les vénère. Ma source d’inspiration. »
Claudia : « Un rêve ? »
Baptiste : « Sortir une BD !
Ce serait un peu comme une démarche autothérapeutique pour moi.
Raconter et illustrer les histoires que j’ai vécues ou que j’ai reçues. Genre la fois où je me suis fait frapper par un kangourou en Australie.
Mais pour le moment, j’ose pas envoyer aux maisons d’édition.
Pour le moment, c’est juste un jeu et je le fais pour le plaisir. »
Claudia : « Ton verre, tu le vois ni à moitié vide ni à moitié plein, mais simplement avec la possibilité de le remplir encore et encore ? »
Baptiste : « Hmm pas évident, un peu de tout. J’y mettrais de la créativité et de l’amour. »
Suivez Baptiste sur son INSTAGRAM
Dessinateurs et illustrateurs de presse, sans dire de mots, ils font parler d’eux
Rares en France sont ceux qui ne vont pas penser au Canard enchaîné, Charlie hebdo ou des personnalités comme Aurel si je vous parle de dessinateurs engagés.
Ce sont des professionnels qui dessinent pour la presse pour illustrer des sujets de l’actu chaude. Ils dénoncent, prennent partis.
Tout y passe. Satirique toujours, humoristique voire un brin moqueur, dénonciateur parfois.
Aborder le sujet de la presse à la parole illustrée c’est attiser de vives réactions.
Certains crient au scandale, les dessins choquent, tandis que d’autres y voient cette flamme vive et brûlante de la liberté de la presse.
Que l’on soit pour ou contre, les illustrateurs ont ce don de “faire parler”.
Parfois, d’un appel anodin à un concours d’illustrations en découlent des manifestations mondiales pour la liberté d’expression.
Rappelons ici les caricatures de Mahomet publiées en 2005 dans le Jyllands-Posten.
Et lorsque malheureusement certains font la Une non plus par leurs dessins mais dans la rubrique nécrologique alors on ne peut plus nier le pouvoir de la plume !
Le dessin comme moyen de communication et de thérapie
Prendre la parole par le dessin n’est pas un art réservé aux professionnels.
Le dessin a toujours été un moyen d’expression. Qu’on le qualifie de vandalisme ou d’œuvre d’art, les dessinateurs amateurs s’approprient des lieux, des supports et s’en donnent à cœur joie.
Citons comme liste non exhaustive :
- Le graffiti qui est un mouvement artistique dont les murs des immeubles, les ruines, les villes sont les supports d’expression.
Certains graffeurs de façon anonyme ou revendicative dénoncent le capitalisme, le réchauffement climatique, l’industrialisation, les guerres et la politique. Pour ne citer que lui, Banksy avait en 2005 réalisé 5 graffitis en Palestine pour protester contre le mur de Gaza. Je vous invite à lire ce super article qui dresse un panorama d’œuvres issues du street art à l’engagement certain!
- L’Art brut devenu l’Art thérapie. Né de l’intérêt du peintre français Dubuffet, il se mit à exposer les œuvres de personnes internées. Depuis, la médecine utilise le dessin comme thérapie pour aider certains adultes malades, exclus de la société ou encore prisonniers à extérioriser leurs souffrances et prendre contact avec leur vie intérieure pour la transformer.
- La peinture, celle que peignait Basquiat par exemple, dénonçait le racisme noir américain qu’il subissait et la société de consommation en plein boom des années 70, tout comme le faisait son ami Andy Warhol.
Connus ou inconnus, ces dessinateurs utilisent leurs 10 doigts pour crier haut et fort leurs pensées.
Depuis plusieurs années avec l’avènement du digital, les réseaux sociaux contribuent fortement à propager un mouvement, une idée, une révolution. Le digital est devenu ce nouveau support numérique d’expression.
Décriée, véritable catastrophe pour les relations sociales et l’agressivité gratuite sous identité cachée, le digital n’en reste que son atout de viralité fait de lui une véritable arme de communication.
Rappelons cet étudiant lyonnais de 21 ans dessinant au lendemain des attentats de Paris 2015 une Marianne en pleurs. Son dessin devient le symbole d’une France bouleversée sur les réseaux. Et bien au-delà.
En 2018, le Ministère de l’Intérieur lui confiait la réalisation de la carte des vœux 2018. Cette fois-ci avec l’image d’une Marianne forte tournée vers l’avenir.
« On qualifie d’impossible les choses que l’on n’a pas vraiment envie de faire. » Mike Horn
Commençons l’aventure ensemble
© 2025 Face and Wave Blog.
